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lumière-silence-gestes

trois mots que j’ai dépliés au début de l’atelier après avoir lu un extrait d’Armen de Jean-Pierre Abraham découvert sur Tiers-Livre


- Quartier-maître Gilbert !
- Présent !
- Vous partez en mission.. Visite du Phare-Sémaphore du Ponant.. Inspection des lieux et Surveillance du Rail.. OK ?
- Oui mon lieutenant !
- Préparez votre paquetage..Décollage dans une demi-heure ! Repos ! Exécution !
12 h, heure locale
Le copilote m’aide à revêtir le harnais, et me treuille vers la plateforme de la tourelle.
J’ouvre la porte rouillée qui grince plaintivement. De la poussière sur les marches.. Il faudra faire le ménage.
Je gravis les cinquante-deux marches qui mènent à la cambuse et à la cabine.. Je dépose mon barda..
14h T.U. Me voici au pupitre-radio.. Je choisis la fréquence : « Ici Radio La Conquet, voici notre bulletin météorologique..Situation sur, Portland et Douvre Mer belle à peu agitée brume sur Douvre ».. Je change de fréquence : « Here BBC Weather Forecast For Sole Gale warning , force 7.. »
Tout va bien ici, j’ai plein de choses à faire. Pas le temps de bailler aux mouettes . Je grimpe 4 à 4 les 98-52=46 marches qui mènent à la dunette, je fais glisser l’ouverture du vitrage.. Ca pue l’huile et le pétrole rassit. La verrière est tricolore, rouge à l’est vers les brisants des Poulains, vert au suet vers le chenal d’Iroise, blanc au Nordet dans le sens du rail d’Ouessant
16h15 GMT : Je brique les cuivres de la lanterne, le vieux tube acoustique, les gaines des conducteurs électriques. « Briqué net » comme on disait à bord. Je dépoussière l’énorme lentille de Fresnel à la peau de chamois, les réflecteurs ternis par les vapeurs huileuses. J’examine le moteur électrique, la batterie de secours, les engrenages, la crémaillère.
17h Temps universel : Tout est o poil ! Je redescend vers la cambuse, je m’allonge. J’allume une cigarette. Quelque chose a changé dehors. Une grosse mouche me chatouille le nez. Je tente de la chasser. Je m’enroule dans le drap. D’après le bruit du ressac, la houle a changé.
18h Méridien de Greenwich : C’est l’heure de la vacation radio. « Beacon 408, Railway Channel Ouessant , all is OK » « La Conquet ? Ici station du Ponant. Légère houle de Suroit, RAS » L’obscurité estompe la ligne d’horizon entre ciel et Manche.
18h15 UTM : Je regrimpe les 46 marches qui me séparent de la verrière. La minuterie a déclenché le moteur. La lentille de Fresnel tourne en ronronnant, du Nort’ au nordet, du Nordet au suet, du Suet au sut, du Sut’ au Suroit, de l’Ouest’ au Noroit.
Soudain, la sono diffuse le dernier bulletin météo : « Ici Radio le Conquet, voici notre dernier bulletin météo. Attention ! Brouillard épais en formation sur Fastnet et Sole se dirigeant vers Ouessant et Iroise. » En effet, je jette un regard vers le large, tout est devenu gris, le bleu marine vire au bistre puis au noir.
18h30, Temps universel : Je redescends vers le pupitre radar La barre de balayage éclaire de points lumineux le vert de l’écran. Ce sont tous les navires qui font route vers le Nordet sur le rail d’Ouessant.
Quelque chose cloche une tache verte se dirigé vers le sud., c’est à dire vers Ouessant.. J’alerte le PC Crossmer du cap de la Chèvre, on me répond de rester vigilant.
Je demande l’heure de la relève. L’hélico ne pourra pas venir me hisser ce soir, à cause de la brume. Je vais passer la nuit ici !
Le brouillard a tout obscurci. La tache verte se rapproche. L’écran vert me fait cligner les paupières. Ma tête s’alourdit et tombe sur mon coude..
Un énorme fracas me réveille en sursaut, la tache verte vient de s’écraser contre la tourelle du Ponant !

François


Le jardin source de perpétuel recommencement. Voir chaque pot, enlever les mauvaises herbes, ici le trèfle, tirer doucement afin que la racine vienne avec, retourner en superficie la terre avec sa belle couleur profonde, égaliser. Regarder les feuilles : une tache blanche cochenille ? Cri strident d’une mouette, suivi du silence avec son éloignement. Courbée, le silence revenu, reprendre l’observation, la reporter sur le pot suivant. La sauge en fleur qui a doublé de volume, tout va bien pour elle. Se redresser, le dos commence à faire un peu mal. Je m’étire. Profiter de ces quelques instants de répit. Le regard se tourne vers le pot suivant, le rosier tige qui se dresse fièrement. En plein soleil chaque pétale fait une ombre sur le suivant créant une harmonie de rouges clairs et obscurs, les feuilles suivent le pas. Encore du trèfle à la base, mais la disposition en est harmonieuse, alors je le laisse. Le ciel est incroyablement bleu, le bignonia découpe sur le ciel ses fleurs oranges en coroles. Le soleil sur le mur de l’immeuble voisin crée un gris un peu jaune contrastant avec le gris plus foncé de la partie ombrée. Un bruit soudain de klaxon, on est en ville. Grand calme en moi, le temps passe vite absorbée par l’observation de chaque pot, par le mouvement toujours le même, me penchant vers lui pour le scruter, gratter, de la terre sous les ongles.

Cécile de Bournet

lundi 17 octobre 2011, par Juliette Mézenc

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